Comment la photographie m’a sauvé la vie (ou les débuts de la photothérapie)
Au départ, il y a eu une rupture. Affective. Physique. Professionnelle.
Ensuite, il y a eu comme une sorte de flottement, un trou noir.
Et surtout il y a eu une décision. Majeure. Fondatrice. Le choix de me choisir moi avant le reste.
Et cette culpabilité de se dire qu’il fallait tout quitter maintenant où se perdre définitivement. Comme je le dis souvent, si je n’avais pas quitté l’homme avec qui je vivais et que j’aimais (la ville et le boulot qui allaient avec), ou plutôt quitté cette vie qui m’était proposée je serais morte. Aurore n’aurait plus existé que comme un fantôme errant dans une vie trop étriquée pour elle.
Je crois que cela a été mon premier acte d’amour. Ce premier acte d’amour envers moi-même. J’ai placé l’amour que j’avais de moi-même au dessus de mon amour pour lui car je voulais que ma vie soit plus grande et plus riche.
Aujourd’hui encore je me considère comme en phase de construction. C’est comme si la petite Aurore était née à 27 ans. Aujourd’hui j’ai 17 ans, j’ai posé les fondations solides qui m’ont permis de traverser bien des tempêtes en étant de plus en plus sûre de moi et de ce que je veux vous offrir.
Bien sûr cette deuxième naissance n’a pas été facile. Pour revenir à l’état d’enfant qui attend qu’on le nourrisse j’ai perdu 12 kilos en trois mois (et non je n’avais pas besoin d’en perdre). J’ai erré longtemps dans mon nouvel appartement seule à me demander ce que je foutais là, avec toujours cette culpabilité, celle d’avoir fait souffrir l’autre pour se sauver soi. Je me disais qu’il était facile de mourir de faim quand cette faim justement ne vous tiraille pas le ventre. Et puis un jour j’ai pris mon ami, mon appareil photo, pour savoir à quoi je ressemblais.
Je n’avais pas d’idée précise sur mon apparence. J’étais incapable de dire en voyant mon reflet si j’étais jolie ou pas. Je me trouvais quelconque, ordinaire, commune, dans la moyenne.
Depuis l’enfance on me répétait que j’étais intelligente, que l’intelligence c’était le plus important. Pour preuve, je passais ma vie dans les livres engrangeant des tonnes de connaissances. En revanche, je ne m’étais jamais penchée sur mon corps ou mon visage. Ils ne demandaient qu’à vivre et exister.
Je me suis photographiée souvent sous toutes les coutures, en long, en large et en travers et je me suis apparue. A force de me regarder, je me suis transformée, j’ai osé, j’ai recommencé à avoir faim. Je me suis aimée et aujourd’hui j’apprends tous les jours à m’aimer d’avantage.
Cette croissance de l’amour que je me porte va de paire avec la décroissance de la culpabilité à me faire passer en priorité.
La photographie m’a aidé à comprendre que la bonne image que j’ai de moi à une valeur inestimable, elle m’est essentielle pour accompagner les autres. Elle est la meilleure amie de l’estime de soi, cette estime qui me donne le courage aujourd’hui de vous raconter ce bout de mon histoire et de vous dire que si vous vous reconnaissez en moi alors la photothérapie est peut être une chose à tenter.
En réfléchissant aux personnes qui sont venues jusqu’à présent me voir et qui ont eu le courage d’oser, toutes sont venues dans cette période de flottement, de troubles, de flou, de changements. Elles s’étaient perdues de vue et voulaient se retrouver ou tout simplement se rencontrer.
Le début d’une histoire d’amour …